Bernar Venet au MAC : exposition géniométrique

Difficile de les louper ! Que ce soit sur la place Antonin Poncet, dans le jardin du Musée des Beaux-Arts ou encore sur le Quai Rambaud, les élégantes créations de Bernar Venet occupent l’espace public et intriguent. Que signifient ces oeuvres ? Qui est l’artiste derrière ces étranges courbes d’acier ? Pour le savoir, il faut se rendre au Musée d’Art Contemporain de Lyon. Et remonter le temps. 

Préambule légèrement égocentrique mais nécessaire : je hais les mathématiques. Les chiffres, les calculs, les sommes, ça me donne envie d’étrangler des gnous. Du coup vous imaginez bien que si j’avais su que Bernar Venet utilise ces horreurs pour concevoir ses oeuvres, je ne ne serais jamais allé voir sa rétrospective inversée. Et j’aurais loupé l’une des plus belles expositions du moment. C’est aussi simple que ça.

Chaos debout

Ma première rencontre avec les oeuvres a eu lieu sur la place Antonin Poncet. Un véritable petit séisme intérieur. Les voilà, les fameux « Arcs in Disorder ». Ils sont accompagnés de deux autres créations et, en un instant, je n’arrive déjà plus à imaginer l’espace sans leur présence. Le public en joue, se les approprie, se couche dessus. L’intégration est incroyable. Les courbes ascendantes brisent la calme platitude de l’endroit dans un étrange tour de force. C’est d’une beauté à couper le souffle mais, très franchement, on n’y comprend rien.

On comprend par contre mieux la démarche du MAC Lyon de proposer une rétrospective inversée. En partant des fameuses lignes chères à l’artiste, on remonte le temps, le parcours de Venet, ses happenings et sa proposition générale. Le créateur, minimaliste, produit des « faits ». Il exécute en suivant une logique implacable : celle des mathématiques. Des lignes, des tableaux, des poèmes, des « tas de charbon », autant d’oeuvres appartenant au même champ de production. Chez Venet le chaos dans sa forme la plus pure est partout. Ce sont des naissances, des rencontres, des accidents et, bien sûr, des disparitions. C’est l’existence, au sens purement matériel du terme.

Il paraît que Marcel Duchamp disait de Bernar Venet qu’il vendait du vent. C’est peut-être vrai si l’on pense aux brises, aux rafales, aux tempêtes. A la beauté naturelle des choses. Et pourtant derrière tout cela il y a des intentions. Qui s’effacent dans une étonnante illusion de hasard. Venet conçoit, façonne, fabrique, et nous fait croire qu’il n’y a pas de main ni d’esprit derrière tout cela. L’artiste nous plonge dans un monde entre fiction et réalité où l’on ne sait finalement plus ce qui est calculé et ne l’est pas. La réponse est évidemment tout, mais pas de la même manière.

Bernar Venet, Rétrospective 2019 - 1959
Musée d'Art Contemporain de Lyon
Jusqu'au 06 janvier 2019

 

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.